A la rencontre des papous dans la vallée de la Baliem

A la rencontre des papous dans la vallée de la Baliem

02 mai 2019

Il est possible d’avoir le souffle coupé par un paysage, là - juste sur le seuil de sa porte. Qu’on réside au bord de la mer, sur les pentes d’une montagne ou quand bien même, au cœur d’une mégalopole. De continuer à découvrir, vivre une aventure là où on a pourtant posé ses valises depuis de nombreuses années. C’est là certainement la beauté du monde, sa capacité à procurer et renouveler de l’émerveillement dans le quotidien.

Toutefois, cette recherche de l’inconnu, ce dépaysement, on peut aussi le provoquer frontalement ; s’y confronter en cherchant et rencontrant un monde radicalement nouveau. Certes, cela nécessite de se déplacer, peut-être de prendre l’avion. Les conséquences (climatiques) induites par ce mode de transport sont connues de tous aujourd’hui; ainsi le voyage qui paradoxalement est un catalyseur de rencontres et de partage reste aussi et d’abord un plaisir égoïste ; en quelque sorte un crédit sur le monde futur. Mais le voyage, c’est justement bien plus qu’un déplacement ; puis c’est aussi une thérapie à tous les maux et l’exemplarité à tous les niveaux ne conduit-elle pas à un ascétisme mortifère?

Cependant, cela n’est pas notre propos aujourd’hui. Dans ce billet, il est donc question de voyages, et particulièrement d’un voyage. Un de ceux dont la possibilité nous émerveillait quand enfant nous parcourrions les atlas. D’autant plus qu’il s’agit d’une île, de l’Hémisphère Sud, aux marges des océans Indien et Pacifique et que ses habitants cristallisent un puissant imaginaire. Et puis Corto Maltese s’y est aventuré dans « La ballade de la mer salée », alors, quel meilleur viatique?

Que trouve-t-on en Nouvelle-Guinée

Mais tâchons de faire œuvre de précision : il s’agit donc de la Nouvelle-Guinée. Singulièrement, les hommes (européens…) y ont tracé – tranché – une frontière, divisant l’île en deux entités politiques ; héritage géométrique des empires coloniaux passés. L’Ouest, dans le giron hollandais a été intégré ensuite au vaste ensemble indonésien, l’Est – Allemand et britannique - est devenu indépendant sous le nom de Papouasie-Nouvelle Guinée.

« One Island, one Country », je me souviens de ce graffiti sur les murs de Dublin au siècle dernier, cela m’avait marqué et semblait prendre tout son sens. J’imagine que ce rêve d’unité est partagé également par certains en Nouvelle-Guinée, néanmoins, il faut bien prendre conscience de l’hétérogénéité de ce territoire. Troisième île la plus vaste sur le planisphère, la région concentre la plus grande diversité linguistique au monde : les idiomes se comptent en centaines. Mangroves impénétrables, vallées encaissées, hautes lignes de crêtes, la topographie a limité les échanges, permettant à des entités de vivre et de se développer en vase clos. Ainsi un voyage en Nouvelle-Guinée consiste donc à accepter d’avoir une vision parcellaire de l’île.

Partir à la conquête de la vallée de Baliem

  A la rencontre des papous dans la vallée de la Baliem  

A notre niveau, le choix s’est donc porté sur la vallée de la Baliem. Au centre de l’île, sur le territoire indonésien, elle reste d’un accès relativement aisé. A partir de Jayapura, la grande ville côtière et tête de pont de la présence (colonisation ?) indonésienne, il est possible de prendre un vol en ATR pour Wamena . Wamena ; c’est une sorte de ville Far-West, récente et sans Histoire, lieu de convergence des habitants des hautes-vallées de l’ethnie Dani. Des rues défoncées et tracées à angles droits conduisent au point névralgique de la cité, le marché couvert qui s’y tient quotidiennement. C’est un grand bazar où se mêlent fruits exotiques, produits des cultures maraichères, babioles chinoises, artisanat papou et cochons divagants. Le sol est strié des crachats rouges des consommateurs de bétel, une carcasse de chien écorché attend sa découpe sur un étal de boucher, des poulets vagabondent entre des jeunes qui sniffent de la colle, à défaut de boire de l’alcool dont la vente est bannie de la ville.

Wamena, le passage obligé

Wamena est une zone économique, un point d’attraction des Papous : elle définit la dichotomie de ce territoire qui hésite entre traditions millénaires et modernisme, qui aspire aussi à des changements. Ce n’est pas pour elle que nous sommes allés en Papouasie, néanmoins, c’est un lieu de passage obligé, une porte d’entrée ; un paradigme de ces pays émergents et des sociétés en mutation.

L’attrait de Wamena réside donc dans son aéroport qui permet de se poser au cœur même de la Nouvelle-Guinée, dans une cuvette entourée de montagnes. Quelques kilomètres dans une vieille jeep et la route se termine au niveau d’un pont emporté par une crue ; quelques troncs sont jetés et il faudra traverser à pied le vaste lit d’un ruisseau se jetant dans la Baliem, qui, au demeurant, laisse à imaginer la puissance de l’eau qui doit dévaler de la montagne en certaines occasions.

Première rencontre avec les papous

  A la rencontre des papous dans la vallée de la Baliem  

Passé ce pont, les réseaux de téléphones portables ne sont plus accessibles, il n’y a plus de commerce, plus de possibilité de se ravitailler en eau embouteillée. Si l’objectif n’est que de faire une incursion rapide d’un jour dans la vallée, alors on peut certainement s’affranchir de l’aide d’un guide. Toutefois, pour plusieurs jours, cela nous semble indispensable. Le guide maitrisera parfaitement les itinéraires qu’il saura adapter à vos capacités, sera l’interprète entre vous et les papous rencontrés, aura les réseaux de connaissances pour dormir dans les villages, organisera l’intendance avec son cuisinier et ses porteurs (provisions, ustensiles de cuisine - indispensables pour faire bouillir l’eau - éventuellement des tentes). Faire travailler les porteurs c’est aussi procurer une source de revenue à ces familles. Car il faut bien voir que les papous dans les villages vivent en dehors du système économique comme nous l’entendons. Dans la montagne, ils sont tous agriculteurs et autosuffisants, la terre est fertile et généreuse, elle donne de quoi se nourrir, par contre ce système ne donne aucune rétribution monétaire. Ainsi, acheter un objet d’artisanat, faire travailler une équipe avec un guide, permettra aux locaux de gagner un peu d’argent qui sera dépensé à Wamena pour acheter des petits objets qui améliorent le quotidien.

Il suffit parfois de peu de choses pour être heureux et marcher dans un lieu majestueux y contribue fortement. Les chemins qui progressent le long des lignes de courbe offrent l’avantage de limiter les dénivelés, on peut progresser quelques kilomètres, perpendiculairement à la pente, avant de rencontrer une cassure ou raidillon. Caressé par la brise, dans un univers vierge où le végétal et le minéral se découpent sur un ciel aux différentes variations, l’esprit vagabonde sans contrainte. On franchit une ravine et une nouvelle perspective s’ouvre, dévoilant un pan de montagne caché où dévale un torrent puissant.

Et puis, au détour du chemin, on tombe nez-à-nez avec un vieux papou qui vaque à quelques tâches quotidiennes. Il est nu, juste un étui pénien et une couronne de plume ; il ne s’est pas préparé pour recevoir des touristes ; il est juste là, à son habitude, comme étaient avant lui son père et son grand-père et tous ses ancêtres bien avant l’arrivée des colons. Sur la main qu’il nous tend pour nous saluer, on observe des phalanges coupées : sectionnées par une hachette de pierre, ces mutilations ont accompagné ses deuils. On se rend compte alors que d’ici quelques années, une génération, cela aura disparu. Les missions chrétiennes, les fonctionnaires de Java en avant-poste, la scolarisation, la présence des touristes, tout cela érode petit à petit un socle pourtant millénaire. Ainsi va la marche du monde. Il ne restera alors que du folklore et il faudra s’enfoncer plus profondément dans l’ile, dans les terres encore inexplorées, emprunter un avion Pilatus pour se poser sur une courte piste d'un haut-plateau.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, la montagne reste encore peuplée et la vallée offre à voir de nombreux villages qui s’égrainent sur ces flancs. Quand on approche de l’un d’eux, on constate alors que la montagne est entièrement façonnée. En amont et en aval du village, s’étendent des parcelles soigneusement circonscrites par des murets de pierres sèches ; certaines constituent des enclos à cochons (dont la possession confère puissance et richesse), d’autres présentent des alignements de légumes tirés au cordeau. Çà et là, on observe des murs de soutènement, des terrasses étagées ; pendant des générations, la terre a été travaillée, modelée. Presque partout, on trouve aujourd’hui une petite église des missions évangéliques, toutefois, avant ces balises modernes, il devait être difficile de repérer les villages sur les flancs de la montagne. L’habitat Dani est fait de petites huttes végétales circulaires. On y entre par une petite porte qui oblige presque à ramper. La hutte est divisée en deux niveaux, mais l’exiguïté ne permet pas de se tenir debout, il faut s’accroupir. A l’étage se trouve l’espace pour dormir, on y accède par une petite échelle. Au rez-de-chaussée et au centre, il y a toujours un âtre. Comme il n’y a pas de cheminée, tout est recouvert de suif, et le plafond et les murs ont pris une teinte noire ; l’absence de fenêtre confère également un sentiment étrange. Le lieu de vie est chargé symboliquement, hommes et femmes ne cohabitent pas, et au contraire, les femmes sont interdites dans l’espace des hommes où sont conservés des objets magiques, héritage encore présent des cultes anciens. Concession à l’époque moderne et fruit des campagnes des gouvernements indonésiens, de petits panneaux solaires fixés au sommet de longues perches permettent de délivrer un peu d’éclairage.

Trek dans la vallée de Baliem

La première étape de notre trek nous a conduits à Kelice. La vue sur la vallée, à cet endroit, est juste magnifique.

La veille, un cochon avait chuté et s’était brisé une patte, abattu le matin-même de notre arrivée et offert par son propriétaire à l’ensemble du village, nous avons pu voir sa préparation. Un vaste trou est tapissé de feuillage, on y place des pierres brulantes en couches successives, le cochon, des tubercules de tarot,….. Tout cela est recouvert encore de feuillage, de pierres….Cela donne une cuisson particulière, la viande n’est ni grillée, ni bouillie.

La seconde nuit, nous l’avons passé à Sokyosimo. Le village est plus bas, au bord de la rivière, mais exempt de palud comme la totalité de la vallée, l’altitude étant trop haute pour l’anophèle. Pour y arriver, il a fallu traverser des cours d’eau sur des ponts suspendus. Sokyosimo est plus grand que Kelice, il y a une école, une infirmerie, une église. Quiétude et sérénité se dégagent de ce lieu. Terrasses de pelouse verte digne d’un green de golf, palmiers procurant de l’ombre. Réconfort du randonneur après une longue journée de marche  il est aussi possible de se baigner dans l’eau glacée de la rivière.

La troisième nuit dans la vallée, nous l’avons passée à Ergem. C’est un village perché à flanc de coteau, chaque terrain est cultivé, et l’image qui se dégage et celle d’une abondance maraichère. Cela indique aussi beaucoup sur le mode de vie des papous qui gravite autour des activités agricoles. A ce propos, cela nous renvoie face à nos paradoxes d’occidentaux. Si les papous n’ont pas d’argent, par contre, ils cultivent tous d’une façon totalement écologique, ils ne sont pas obèses et tous semblent en bonne forme physique, fruit d’une vie en plein air et des travaux manuels. De leur côté, les occidentaux travaillent pour avoir de l’argent, pour acheter des produits bios et pour aller à la salle de gym. Qui sont les plus cohérents ?

En effet, le voyage en Nouvelle-Guinée est forcément un voyage de découverte, mais comme tous les bons voyages, il donne aussi lieu à l’introspection ; c’est là aussi sa grande richesse et ce qui nous conduit à affirmer que ce voyage en Papouasie est unique, qu’il constitue vraiment une expérience formidable… Un sac léger, une cape de pluie, des bonnes chaussures de marche, il ne faut guère plus pour que l’aventure s’offre à nous.

Écrit par Mr Ludovic WILHELM

Pour aller plus loin et vous aussi découvrir la vallée de la Baliem, nous vous invitons à découvrir le circuit 
https://www.voyageindonesie.com/circuit/papouasie-tribus-dani-vallee-baliem

 

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