Kawah Ijen et ses porteurs de soufre

Kawah Ijen et ses porteurs de soufre

02 janv. 2015

Il est 4h30 et la fraicheur du matin, vivifiante, est notre amie dans cette aventure qui s’annonce longue et fantastique. Une partie de l’équipe de Azimuth Adventure Travel Ltd et moi-même sommes en reconnaissance-circuit à Java Est. Le but de ce voyage n’est pas seulement de découvrir la région mais aussi de repérer des spots de trek et de randonnées jamais exploités dans le cadre de nouveaux circuits.

Du temple Sukuh jusqu’à l’extrême Est de l’île de Java, en passant par les volcans Kelud, et Bromo, le Kawah Ijen est aujourd’hui la dernière étape de ce périple. Après avoir vu des reportages, lu des articles sur Internet et les récits de mes collègues qui y étaient allés, j’attends donc cette étape depuis des années. Suffisamment tôt pour ne pas nous faire rattraper trop vite par la chaleur, mais pas assez pour assister aux célèbres « flammes bleues », notre chauffeur nous dépose à l’entrée du site. L’avantage de venir après le lever du soleil est de pouvoir admirer les beaux paysages pendant le petit trek et aussi de ne croiser que les touristes qui redescendent. À l’arrivée au fond du cratère, ma collègue et moi-même sommes donc seules. La randonnée jusqu’au bord du cratère (2.350 m) dure une heure et demi. Je discute avec quelques porteurs et m’intéresse à leurs propres histoires. L’une d’entre elles attire mon attention. L’homme qui la raconte possède un chariot à la place des paniers en bambou utilisés habituellement, et je lui demande donc de m’en dire plus à ce sujet. Il m’explique qu’un généreux « Français » (sic), se rendant régulièrement au Kawah Ijen, lui en a fait cadeau afin de rendre ses efforts plus supportables. Si ce « forçat du soufre » se rendait effectivement compte que son travail s’en trouvait facilité, le bienfaiteur reviendrait pour en distribuer à tous ses collègues porteurs (environ 300). Renseignements pris, le chariot a en réalité été fourni par un Suisse, Heinz von Holzen, résident à Bali et propriétaire du restaurant « le Bumbu Bali ». Kawah Ijen et ses porteurs de soufre

Azimuth Adventure Travel Ltd, agence de voyage spécialiste du voyage à pied pour laquelle je travaille, partage les mêmes convictions que Heinz. En effet, l’agence est sensible à la protection de l’environnement et des populations locales. Je décide donc de le contacter afin qu’il m’explique son projet. Avant d’atterrir en Indonésie, Heinz Von Holzen travaille 5 ans et demi à Singapour en tant que chef cuisinier dans les hôtels Hilton et Hyatt. En 1990, il est transféré à Bali au Grand Hyatt et au Ritz Carlton, toujours en tant que chef. Il y rencontre sa femme, Puji. Huit ans plus tard, il décide de créer son propre restaurant : le « Bumbu Bali, Restaurant and Cooking School ». Passionné de trekking, c’est en rencontrant les porteurs du Kawah Ijen, qu’il a constaté les conditions inhumaines de leur travail. Heinz, sa femme et quelques sympathisants à sa cause ont alors décidé de leur venir en aide, avec le projet suivant. Kawah Ijen et ses porteurs de soufre

Lors de chaque déplacement au Kawah Ijen, Heinz offre aux porteurs des vêtements et une assistance financière. Le chariot, conçu par Studer Thomas, Suisse également et étudiant en ingénierie mécanique à l’Université de Lucerne, a pour but de soulager le difficile travail des porteurs de soufre. Ceux-ci portent quotidiennement de 60 à 100 kg de soufre sur un parcours de plus de 4 kilomètres et effectuent jusqu’à deux allers-retours par jour. Un kg de soufre coûte environ 900 roupies indonésiennes. Les porteurs gagnent en moyenne 126.000 roupies par jour. C’est beaucoup plus que le salaire d’un riziculteur, mais c’est évidemment plus dur. L’espérance de vie dans ce milieu est d’environ 45 ans en raison de l’exposition aux gaz et du poids considérable des paniers. Par son projet, Heinz Von Holzen cherche à donner une chance de vie meilleure aux porteurs de soufre. Il permet aussi de garantir une éducation pour 80 enfants. Kawah Ijen et ses porteurs de soufre

Chaque jour, il consacre une heure pour répondre aux questions et aides provenant du monde entier, et prévoit de retourner à Java Est une dizaine de fois cette année afin de suivre l’évolution de son projet. Pour mener à bien ses ambitions, il a besoin de soutien financier et matériel (vêtements). La construction de 200 chariots coûtera cette année entre 600 et 700 millions de roupies (entre 40 et 50.000 €) dont la moitié est déjà financée. Toute aide extérieure est évidemment la bienvenue. Kawah Ijen et ses porteurs de soufre

Si vous souhaitez vous aussi contribuer à cette noble cause, n’hésitez pas à contacter Heinz à cette adresse : [email protected] ou visitez son site internet sur sa passion du trek en Indonésie. Explorez vous aussi le Kawah Ijen avec nous! Contactez-nous par email ([email protected]) ou remplissez directement le formulaire sur notre site internet.

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Sandrine Bodson
26 juillet 2020
Je ne comprends pas pourquoi rien n est fait pour les protéger en matière d aides ? Des masques, des protections pour les épaules et pourquoi ces entreprises qui les mènent à une mort certaine en les exploitant aussi miserablement et sans protections ne sont elles pas poursuivis ?
Dominique Clarisseverified
30 juillet 2020
Bonjour Sandrine, Je vous remercie pour commentaire J’imagine que vous faites référence au reportage qui a été diffusé dans l’émission “7 à 8” sur TF1 le weekend dernier. Je ne l’ai personnellement pas visionné, car je vis en Indonésie, mais veuillez noter que le débat sur les “forçats du soufre” n’est pas nouveau. Remettons, si vous le voulez bien, les choses en perspective. Je me rappelle que j’ai découvert le Kawah Ijen et ses porteurs de soufre pour la première fois en 1992, à l’époque où le tourisme de masse n’était pas encore trop implanté en Indonésie, et encore moins au Kawah Ijen, dont l’accès par une route en mauvais état était très difficile. Ce matin là, j’était donc le seul blanc à gravir les pentes du volcan et les porteurs n’étaient pas aussi nombreux que maintenant. Ils avaient accepté de troquer leur vie de riziculteurs pour ce métier de “forçat”, qui rémunérait deux voire trois fois plus. Dans l’esprit de ces Javanais, la question n’était pas d’ordre sanitaire mais bien économique, car il fallait faire vivre leur famille et assurer la scolarisation des enfants. Ils acceptaient donc leur nouveau métier comme une opportunité d’enrichissement à court terme (les Indonésiens n’ont pas forcément la notion du long terme), malgré les risques pour leur santé. J’ai d’ailleurs connu un porteur, à l’époque, qui arrivait à porter près de 75 kg par trajet (si on on compte une moyenne de 3 trajets par jour, cela fait 225 kg de soufre par jour, pour environ 15 jours de travail par mois). L’entreprise qui les emploie est par ailleurs une entreprise d’état, qui est évidemment bien consciente de ce désir d’enrichissement à court terme. Elle n’a donc aucun souci pour recruter de nouveaux ouvriers quand les anciens prennent leur retraite, le plus souvent pour raisons de santé. Elle n’a également aucunement besoin d’investir dans du matériel qui permettrait d’automatiser l’extraction du soufre, ce d’autant plus que les “forçats du soufre” sont à présent devenus une attraction touristique à part entière et les chariots de Heinz von Holzen sont même détournés de leur fonction initiale: ils servent à présent à transporter les touristes vers le sommet du Kawah Ijen. Il faut d’ailleurs dire que le Kawah Ijen est maintenant plus fréquenté par les touristes locaux que par les étrangers, et j’ai observé de visu que certains de ces touristes “visitaient” même l’endroit en “tenue de ville”… Bref, vous mettez le doigt sur un sujet sensible: s’il fallait poursuivre quelqu’un dans l’histoire, c’est effectivement l’Etat indonésien, qui fait clairement fi, dans le cas des porteurs de soufre, de la condition humaine. Et l’expression “forçats du soufre” fait évidemment référence, à nous Français, aux forçats des mines de charbon de nos régions au XIXème siècle, qu’a si bien décrit Emile Zola dans “Germinal”. Qui aura donc le courage ou la volonté d’incriminer l’Etat? Quant au projet d’aide qu'Heinz von Holzen a mis en place, je vous avoue que nous n’avons pas beaucoup de nouvelles de sa part, mais les chariots sont toujours là et sont d’une grande aide pour les porteurs, qui continuent probalement de les utiliser à des fins détournées. La question reste d’ailleurs de savoir si l’entreprise gouvernementale a maintenu le taux de rémunération de ses ouvriers au même niveau qu’avant, car si ces chariots facilitent le transport du soufre, il semblerait logique - d’un point de vue économique uniquement - que la rémunération au kilo des porteurs baisse. Et c’est sur ce point que l’initiative de Heinz von Holzen atteint ses limites, à mon sens: si ma théorie est juste (celle de la baisse de rémunération au kilo), alors je pense que l’apport des chariots casse l’équilibre économique qui avait été trouvé entre l’entreprise (qui souhaite évidemment gérer l’exploitation au moindre coût) et les ouvriers (qui souhaitent gagner leur vie “confortablement”, malgré les risques et les conditions d’un autre âge). Je ne serais donc pas étonné si, un jour, un porteur m’avouait qu’il gagne à présent plus sa vie en “divertissant” le touriste sur les pentes du Kawah Ijen qu’en extrayant et transportant effectivement le soufre. Le tourisme, en se développant au Kawah Ijen, a bien évidemment contribué également à ce déséquilibre. Notre agence porte donc sa part de responsabilité dans cette constatation des faits, et votre réaction vient comme une sorte de piqûre de rappel, notamment en cette période d’inactivité, où il est probablement opportun de réfléchir à une nouvelle manière de voyager: plus intelligente, plus responsable, plus durable et avec plus de respect pour l’environnement, qui inclut bien sûr les Hommes! Je vous renouvelle donc mes vifs remerciements pour nous avoir rappelé, grâce à un reportage télévisé, que le tourisme de demain ne devra plus être “passif” mais “actif”! Et je vais personnellement veiller à mettre cela en application. Meilleures salutations.
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